Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

jeudi 5 juillet 2018

Ayons bonne mine - 27


"Puits Couriot. La machine d'extraction électrique"

Les fantômes produisent leur propre énergie. C'est mal dit. Les fantômes engendrent l'énergie qui leur est nécessaire. Je sais mal le dire. Les fantômes sont leur énergie. Ne mangent pas, n'ont pas de colère, les fantômes sont l'énergie qui leur est suffisante. Leurs besoins en déplacements, en apparitions ne sont nourris que par eux. Si un fantôme m'est utile, je ne peux pas provoquer sa venue ni aucun des gestes qu'il aurait pour moi. Je ne sais pas quand il sera là, je ne sais pas les gestes qu'il fera, qu'il ne fera pas. Il peut, et c'est déroutant, agir dans un passé différent du mien. Non, je dis encore mal : dans un présent différent du mien, ça n'aide guère. Je me représente alors un fantôme comme un âne dans une noria, tournant aveugle pour puiser l'eau qu'il boira. Quand je serai cet âne, je veux avoir parfois la mémoire d'avant. Ou d'un autre avant, pour qu'il n'y ait pas seulement la soif, pas seulement la ronde, mais fugitivement, modestement, une histoire commune avec ce qui reste, dans le passé qui est un présent. Je le dis mal.



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