Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

jeudi 12 juillet 2018

Ayons bonne mine - 33

Puits Couriot - L'important compresseur d'air de la salle d'énergie


Au bal de la plongée je ne manquais pas d'air. De plongée significative je ne faisais qu'au fond des verres. Des fonds noirs aux dépôts ancestraux, j'en visitais les ruines, j'y dénichais de drôles de poissons aux bulles bavardes, j'y trouvais dans quelque vaisseau des fantômes qui me caressaient la langue et tiraient sur mes dents pour me rappeler à leur douleur. Remontant à la surface, je sondais la plage qui dansait de plus en plus, j'attendais la prochaine marrée haute qui venait, bienveillante et sans attendre les lunes. Je replongeais, je connaissais les signes de détresse et d'accompagnement, je savais qu'on me suivait, je faisais la visite de ce monde englouti qui se mérite à la limite entre l'asphyxie et le déséquilibre, car plus profond il fallait aller, c'est l'enjeu. Pour un jour s'y retrouver, sombre aux yeux blancs mais avec une lanterne au front, puisque le soleil ne descend jamais dans l'ivresse.


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