Mon écriture a trois petites têtes, la première prétend faire des histoires, le deuxième prend des images et les complète de mots, la troisième se juxtapose à des artistes. Les trois têtes n'ont pas de dents et portent un bonnet de laine en cette période.

samedi 31 décembre 2016

La Grande Der - 21


Quand même

Quand tout serait fini, on se souviendrait. On penserait qu'il faut poser les histoires sur la table et que soit lue cette aventure. Avec application, on retrouverait les éléments, le décor, les phrases aussi ou les émotions mais c'est plus difficile, ça n'a pas de poids, c'est comme la musique. On voudrait restituer la chaleur des instants volés, quand nos mains se cherchaient. On retrouverait un visage, maladroitement parce qu'on croit bien l'avoir cerné et voici la brume du temps, voici le brouillard des distances, le flou des silences. On se souviendrait, implorant les phrases et les voulant justes, c'est-à-dire précises et descriptives. Mais qui lira bien ceci ? Qui en fera une histoire, de cette histoire ? Et qui voudra se l'approprier, posant certainement un autre visage et des mensonges involontaires dus à la transcription ou à la seule lecture. Ce que j'ai écrit ne m'appartient plus. Je l'écris quand même.


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