Quand même
Quand tout
serait fini, on se souviendrait. On penserait qu'il faut poser les histoires sur
la table et que soit lue cette aventure. Avec application, on retrouverait les
éléments, le décor, les phrases aussi ou les émotions mais c'est plus
difficile, ça n'a pas de poids, c'est comme la musique. On voudrait restituer
la chaleur des instants volés, quand nos mains se cherchaient. On retrouverait
un visage, maladroitement parce qu'on croit bien l'avoir cerné et voici la
brume du temps, voici le brouillard des distances, le flou des silences. On se
souviendrait, implorant les phrases et les voulant justes, c'est-à-dire
précises et descriptives. Mais qui lira bien ceci ? Qui en fera une histoire,
de cette histoire ? Et qui voudra se l'approprier, posant certainement un autre
visage et des mensonges involontaires dus à la transcription ou à la seule
lecture. Ce que j'ai écrit ne m'appartient plus. Je l'écris quand même.

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