Nous levons le doigt après l'avoir mouillé, nous sentons, nous tournons notre corps et nous sommes heureux de deviner le vent, nous allons là, le vent nous poussera un peu, c'est un avantage et le voyage est serein. Pour le soleil, nul besoin de se mouiller les yeux, il se lève ici, se couchera nulle part, derrière les immeubles et les montagnes et chez d'autres humains qui ne peuvent pas nous comprendre, ils nous envoient le vent, nous leur rendons le soleil.
Pierre Rochigneux
mercredi 1 avril 2026
mardi 31 mars 2026
"Voyages" - 06 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)
Nous entremêlons nos désirs et les réalités. Il est tentant de capturer ces réalités désirées. Les autres, de les laisser se faire pendre ailleurs et de mesurer nos désirs alors sans limites. Ils se figent. Ils s'offrent. Ils attendent qu'on les chevauche. Reprendront le mouvement, manèges gratuits en voyage. Se réveillant, les réalités veulent leur part et enfin imitent les désirs en un mensonge amusant. Laissons-nous prendre à cette ressemblance et prolongeons les rêves éveillés. Ailleurs, nous trouverons les cauchemars, des réalités indéformables.
lundi 30 mars 2026
"Voyages" - 05 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)
Nous nous offrons la possibilité de voyages et notre souhait est d'en revenir et de retrouver ce que nous sommes, ce que nous avons construit. Les voyages nous offrent les contraintes et les fragilités, la terreur de l'inconnu comme les désillusions espérées puisqu'il n'est d'endroit que le nôtre. Pourtant le doute grandit à chaque retour et nous aimons provoquer les impossibilités.
dimanche 29 mars 2026
"Voyages" - 04 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)
Le paysage est notre visage. Nous avons emprunté la lumière du paysage pour nous imaginer ce qui peut évoluer et que nous transformons, ce qui nous ressemblera. Gloire à cet orgueil, nous avons tracé les directions de nos voyages et nous avons creusé dans les terres alors inconnues, nous avons tout conquis des espaces et nous irons bien plus loin en nommant ce qui est encore inaccessible. Par précaution, nous nous donnons chacun un nom et nous le prononçons pour nous appartenir aussi. L'un d'entre nous qui serait inconnu deviendrait un ennemi. Nous avons classé toutes les utopies. Il paraît qu'une nous échappe encore. Nous y travaillons.
samedi 28 mars 2026
"Voyages" - 03 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)
Nous savons ce que nous deviendrons et la prétention nous étouffe. À la fin du voyage, nous serons sans bruit, nous serons immobiles, nous serons ce qui a contemplé, ce qui fut admiré, ce qui a tout retenu et qui agite déjà l'ennui et l'oubli. Rassurant, en somme, si ce n'est une hésitante vanité qui aime tout changer, qui fabrique des virages, des angles, des coins pour se perdre et le vide pour que nous ne puissions pas nous cacher.
jeudi 26 mars 2026
"Voyages" - 02 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)
Nous balayons nos pleurs et nous sommes partis, là, dans le chemin des sérénités. Voyage gigantesque, nous avons pris le mouchoir, l'eau, un peu de quoi lire et de l'énergie. Nos yeux peu à peu sèchent et exigent de voir là où ça nous mène, de sortir d'un deuil et d'une immobilité. Les rues se déplacent, nous ne nous fatiguons pas. Viendront les champs et les côtes, les montagnes contournées, les points à voir, les trésors à deviner. Il pleut sur le pare-brise, nous ne pleurons plus, c'est le trajet qui s'est attristé.
mercredi 25 mars 2026
"Voyages" - 01 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)
J'étais petit, nous allions en vacances loin, mon père nettoyait les phares de l'automobile puis le pare-brise. Extérieur, poussières et moucherons, intérieur, gras de tabac. J'étais déjà myope, je nettoyais mes lunettes chaque jour d'école. En vacances, moins. Pour le voyage, je les nettoyais pour avoir la vérité du trajet : les panneaux des villes et les plaques d'immatriculation que nous croisions. Nous partions tôt. Je me regardais aussi dans le rétroviseur intérieur. Assez vite, je m'endormais et nous arrivions aussitôt, je pouvais le croire. Je pars sans mon père, il n'y a plus d'insectes sur les pare-brise.