Mon écriture a trois petites têtes, la première prétend faire des histoires, le deuxième prend des images et les complète de mots, la troisième se juxtapose à des artistes. Les trois têtes n'ont pas de dents et portent un bonnet de laine en cette période.

mardi 3 février 2026

Carcasse de sorbet - 24 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Si plus loin veut aller ma voix, je monte sur n'importe quoi et je tente une respiration qui vient du profond, qui vient de l'impossible, qui vient de l'intime et qui lâchée cassera toutes les barrières. M'écoute-t-elle, cette bestiole qui s'en va chercher abri ou juste du calme ? Eux qui se moquent, ont-ils perçu la valeur des tripes secouées pour un cri qui se voulait phrase ? Les murs n'ont pas ondulé, une fenêtre ne s'est pas ouverte avec éclat. Les nuages ? Vont et viennent, sourds je suppose et ne me vexent donc pas.




dimanche 1 février 2026

Carcasse de sorbet - 23 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Toutes ressemblances fortuites que j'ai rencontrées n'ont pas suffi. Je te cherche encore et je m'invite aux voyages déraisonnables en inventant les anciennes musiques et chantant les doux silences. Je te ferai danser, vois déjà comme tu trembles non, c'est juste un arbre qui est tombé non, c'est un oiseau qui s'est posé non, j'ai trébuché sur une fin de trottoir non, j'ai touché un souvenir qui s'est mis à exploser.


Carcasse de sorbet - 22 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Le regard comme clef pour entrer dans toi. La séduction admise dans ce que j'ai appris de la beauté au cinéma et dans les musées, par l'éclat des vêtements et le bon port de ceux-ci, par les bijoux mais pas trop, par un parfum, par les phrases à poser et d'autres à éviter. Ma maladresse et mes manières malchanceuses font de mon tapis volant un paillasson brave et pitoyable. J'aimerais des yeux de mouche pour regarder de mille manières, pour être vu de même, pour d'autres types de beautés à prendre.


 

samedi 31 janvier 2026

Carcasse de sorbet - 21 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

J'ai tout préparé, c'est prêt, brûlant encore, ça refroidit par ton absence que je crois être un retard, encore ton jeu de me faire languir. J'ai mis ce que tu aimes, de l'inattendu inventé et des coquilles de fruits défendus, j'ai mis ce que j'aime, pour ta glotte surprise, pour ton nez qui tournera et pour ta langue qui cherchera. La table est mise et dehors veut entrer, tiens, un moucheron curieux je le tue ? Non, il est déjà étourdi et s'éloigne. Mon ventre salue ce qui l'entoure, politesse calculée. Il se relie à mes interrogations qui tiennent bon, encore quelques adjectifs et je commence. Sans toi.



vendredi 30 janvier 2026

Carcasse de sorbet - 20 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Dans un film de Tarkovski, on voit des armes dans un ruisseau dans une zone marécageuse en des ailleurs possibles. Armes de la dernière, armes d'une prochaine guerre, abandonnées ou cachées. Un chien qui chercherait un maître, une ruine qui peut-être fut une ruine à sa naissance. Les gouttes sont d'une pluie passée ou d'un son mémoriel des défaites à venir. Les manteaux y sont lourds et les reproches tus. La végétation reprend sa parole, nous attendons, assis. Fera-t-il jour encore ?




jeudi 29 janvier 2026

Carcasse de sorbet - 19 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Je dis que si tu disparais ne restera rien de ce que je pourrais tracer de toi. Tu hésites. Pas un portrait de lumière ? Pas un essai d'alexandrin prétentieux ? Non, je te réponds. Je déchire les courriels et je me débranche de tes sites. Rien, pas le moindre bredouillement de rondes d'atomes ne restera. Tu hésites. Tu sais que tu pars, tu hésites à me laisser là m'envelopper d'un excès de rien et d'un abus de transparences. Des reflets, tu penses, resteront. Je me reprends, rien ou presque. De toi, rien ou juste des montagnes inachevées, des étoiles non cultivées, des itinéraires de chimères endormies, des cages vides de bestioles encore sauvages, un sentiment non dit.



mardi 27 janvier 2026

Carcasse de sorbet - 18 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Un détail ne cache pas forcément le cornu et c'est parfois juste l'araignée qui attend. La toile qu'on pense collante ne suffit pas. Il faut le rebond de la bête quand la proie s'est fait connaître par son obligation à s'enfuir. J'ai vu la toile et j'ai supposé l'araignée dans ce minuscule détour de matières, bois et briques et fausses décorations. Quelle mouche voudrait s'y piquer ? Il en faut bien une pour réveiller les pattes agiles et ce qu'on suppose de dents fines et précises.