Mon écriture a trois petites têtes, la première prétend faire des histoires, le deuxième prend des images et les complète de mots, la troisième se juxtapose à des artistes. Les trois têtes n'ont pas de dents et portent un bonnet de laine en cette période.

mercredi 18 mars 2026

"Sauf que" - 05 (d'après une œuvre de Philippe Favier)

Il arrivera dans mon parcours de la vie que je me fige et que je me retourne. La tentative d'un bilan. Je sais que je ne verrai pas une promenade lisse mais qu'en seront vifs les nœuds de mes regrets. Toute image sera troublée, tordue quand j'aurais tant voulu des souvenirs plaisants ressemblant à des cartes postales non envoyées. C'est que mon regard ne me voit pas, c'est que mes projections se sont pris les coups pour me protéger, c'est que mon aventure aura vieilli et me fait croire encore qu'elle me pousse dans l'éternel landau.




mardi 17 mars 2026

"Sauf que" - 04 (d'après une œuvre de Philippe Favier)

La tendresse n'empêche pas la violence et des mains serrées peuvent aussi étrangler. Je me défends lorsque je vois poindre une tendresse ; mes griffes sortent, ma peau se hérisse et la main amie mais supposée ennemie hésite ou va se blesser avec surprise. Si la main est complaisante, je peux ensuite me rétracter et le prolongement est un peu différent, la méfiance s'est bien installée. La beauté me fait peur.




dimanche 15 mars 2026

"Sauf que" - 03 (d'après une œuvre de Philippe Favier)

Il est des vœux qui nous mettent la tête à l'envers. Pas les vœux de richesse ou de gloire, ceux-ci sont en symbiose avec le travail. Ce sont les vœux abstraits qui nous retournent, ceux des sentiments inconnus, ceux d'un avenir dont on sait pourtant qu'il s'éloigne quand on s'en approche, ceux qu'on accroche à une étoile filante en oubliant de bien finir sa phrase, c'est si rapide, ceux qu'on nous donne et que nous rangeons comme des objets connus, ceux qui doivent nous transporter quand nous restons sur place. Les vœux de laisser une trace, une graine, des racines. Ces vœux sont des prisons et des caresses.




"Sauf que" - 02 (d'après une œuvre de Philippe Favier)

Un nid dans un arbre prend une place discrète. Il ne doit pas être vu, pas reconnu, il ne doit pas peser lourd et va chercher l'endroit stable. L'arbre se dit que c'est bon pour lui, qu'un peu de fiente saura le nourrir et qu'un chant lui fera du bien et qu'il sera en quelque sorte le veilleur, le protecteur, le témoin d'une histoire. Le pendu ne nourrit pas beaucoup ni longtemps, les amoureux lui font saigner des cœurs à initiales. Les mecs lui pissent dessus. Et les cavaliers cassent ses basses branches. Les oiseaux lui vont comme le vent.




samedi 14 mars 2026

"Sauf que" - 01 (d'après une œuvre de Philippe Favier)

L'immobilité n'est nécessaire que si elle est contrainte, tout animal le sait qui n'a ni le temps ni la possibilité de s'enfuir. L'immobilité, alors, c'est se confondre, c'est disparaître, devenir amplement souple et strictement rigide, c'est avoir un œuf sur l'épaule et le vouloir garder intact, c'est gagner un instant qui prend toute la vie, qui la maintient. Tout geste est un danger. L'immobilité, c'est aussi l'attente dans la chasse ou dans les sentiments. Même fragile posture.





vendredi 13 mars 2026

Limites créées - © CreaphisEdition - 27 (et fin de la série)

Les rythmes sont dans les claquements. Peu s'en trouvent dans la nature. On s'exalte au pivert travaillant la limite entre l'écorce et l'insecte, à la fin d'orage quand chaque goutte fait le compte. On ira suivre l'animal aux sabots calmes et portant sa main à sa poitrine, on croit bien entendre un cœur. On invente ensuite le tambour et la cloche, le piano et la forge,  le défilé et sa triste danse, on aime que soit marquée la durée.




jeudi 12 mars 2026

Limites créées - © CreaphisEdition - 26

Décrocher la lune et vain, elle n'est pas de fromage. Autant monter aux arbres pour y prendre leurs fruits, aux montagnes pour y sentir l'edelweiss, grimper aux vagues pour en prendre la mousse et la laisser filer, autant décrocher les médailles qu'on pense avoir gagnées en dépassant des limites, les gouttes de pluie avant qu'elles ne s'écrasent. Tout ce qui pend tend à chercher le sol. Quand les corbeaux se sont servis, le pendu veut la terre.