Mon écriture a trois petites têtes, la première prétend faire des histoires, le deuxième prend des images et les complète de mots, la troisième se juxtapose à des artistes. Les trois têtes n'ont pas de dents et portent un bonnet de laine en cette période.

lundi 6 avril 2026

"Voyages" - 12 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)

C'était trop facile, tous les jours de partir, au soir d'hésiter puis d'aller plus loin, nous égarant davantage au gré des rencontres et des chemins de traverse. Nous ne construisions pas les routes ni les ponts ni les tunnels. Surtout pas les tunnels ni même les places puisque le vide est plus compliqué à bâtir. Nos conquêtes étaient déjà là, nous attendant. Nos arrêts étaient partout identifiés. Nous complotions dans nos voyages d'affaires et le monde nous appartenait. Il s'est renversé et nous, cul par dessus tête, nous ne nous distinguons pas des autres paumés. Nous devons à présent casser des cailloux pour les routes de demain que nous n'emprunterons pas.




dimanche 5 avril 2026

"Voyages" - 11 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)

Le miroir ne nous intéresse que lorsque nous l'avons traversé. C'est dur et fluide, comme un diamant, c'est souple comme l'écran d'un cinéma. Nous éviterons le chien à plusieurs têtes et les tentations obscures, nous devrons nous extasier aux bons moments et bons endroits. Nous tenterons un nouveau langage, oh, les mots usuels, la simplicité d'une politesse et quelques gros mots pour en rire plus tard. Nous ramènerons des souvenirs de notre voyage. Au retour, n'écoutons pas cette voix qui nous retient, qui veut encore quelque chose que nous avons sans trop savoir ce que c'est. Ne nous retournons pas, revenons au miroir, revenons au bon côté des choses.




samedi 4 avril 2026

"Voyages" - 10 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)

Nous sommes ici passés, passerons là et presque ailleurs, furets affolés, nous ne nous échappons pas et c'est l'imagination qui voyage. Nous quadrillons nos cartes et nous zoomons sur les points particuliers. Nous posons l'index sur la vitre froide du GPS, nous sommes ici, envie de le crier, nous irions là, un murmure. La vitesse n'a plus d'ambition, nous faisons semblant de marcher, mains dans les poches comme si on n'en avait rien à faire, de cet endroit qui ne nous lâche pas. Les frontières sont à nouveau de barbelés et les lignes de crêtes sont sous surveillance, les vagues sont pointues et les déserts n'ont plus de mirages.




vendredi 3 avril 2026

"Voyages" - 09 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)

Dès qu'il en a fini avec l'endroit qu'il aura habité et consommé, l'humain voyage pour une herbe meilleure. Nous savons un peu son parcours en un continent puis en voulant d'autres ; il se cognait aux mers avant d'inventer le bois flotté. La principale invention, c'est le véhicule. Ensuite, culture et domestication, la guerre aussi pour tout maintenir et tout redistribuer. Ainsi, le déplacement est en nous, par les jambes et désormais par Internet, par des ondes qui acceptent les tsunamis. Nous voyageons assis, sur un cheval, au cinéma, sur la chaise du bureau. Nous tournons. Heureusement sur une Terre ronde, faut-il en douter ?




jeudi 2 avril 2026

"Voyages" - 08 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)

Nous irons loin avec les soucoupes volantes, nous irons conquérir le reste de l'univers. Les fusées, c'est juste un commencement, ça lance trois hommes, ça lance des millions de bombes. Mais ce n'est pas le voyage désiré. Nous irons là où la direction du doigt se perd, là derrière la face cachée de la Lune et nous boirons le lait de la voie bien nommée. D'abord des militaires qui savent mieux piloter. Puis des riches qui savent remplir les réservoirs. Nous ensuite, un peu dans le désordre, pour fuir.




mercredi 1 avril 2026

"Voyages" - 07 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)

Nous levons le doigt après l'avoir mouillé, nous sentons, nous tournons notre corps et nous sommes heureux de deviner le vent, nous allons là, le vent nous poussera un peu, c'est un avantage et le voyage est serein. Pour le soleil, nul besoin de se mouiller les yeux, il se lève ici, se couchera nulle part, derrière les immeubles et les montagnes et chez d'autres humains qui ne peuvent pas nous comprendre, ils nous envoient le vent, nous leur rendons le soleil.




mardi 31 mars 2026

"Voyages" - 06 (d'après une photographie de Maxime Pronchery)

Nous entremêlons nos désirs et les réalités. Il est tentant de capturer ces réalités désirées. Les autres, de les laisser se faire pendre ailleurs et de mesurer nos désirs alors sans limites. Ils se figent. Ils s'offrent. Ils attendent qu'on les chevauche. Reprendront le mouvement, manèges gratuits en voyage. Se réveillant, les réalités veulent leur part et enfin imitent les désirs en un mensonge amusant. Laissons-nous prendre à cette ressemblance et prolongeons les rêves éveillés. Ailleurs, nous trouverons les cauchemars, des réalités indéformables.