Nous prenons soin de notre ombre et quand vient midi, nous nous rassurons ensemble en sachant bien qu'elle ira dans une autre direction. Nous acceptons qu'elle diminue puisqu'elle augmentera. La nuit, nous nous appuyons sur elle, dure ou molle suivant la matière sur laquelle elle s'est déposée. Des ombres se superposent sans lutter, se faire mal, par mimétisme e sans vouloir en rajouter. Nous devrions apprendre de nos ombres. Elles sont muettes.
Pierre Rochigneux
mercredi 8 juillet 2026
Les nous seuls sont ensemble - 44 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)
Nous brouillons nos connaissances en ayant oublié les ensembles de couleurs, les mots anciens et le nom des arbres, des oiseaux, des outils, des nuages, des indispensables éléments que nous ne savons plus utiliser. Nous ne saurions parler à nos grands-parents ni les reconnaître dans leur usage du quotidien. Eux seraient aussi bien perdus dans nos nouveaux outils, ils seraient aveuglés par nos évidences qui sont devenues si fragiles, si artificielles.
lundi 6 juillet 2026
Les nous seuls sont ensemble - 43 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)
Nous lisons des signes dans ce qui n'en veut pas. Les nuages contiennent des continents, des visages et des écritures éphémères. Les animaux contiennent des lettres et des signes que nous savons dessiner et qui doivent faire peur. Les vagues, si nous les figeons, contiennent une coiffure, une montagne, une fleur. Les fleurs contiennent des palais et des diamants. Ensemble, ces innocences nous donnent des histoires à raconter, sans le savoir ou en cachant bien leur jeu.
dimanche 5 juillet 2026
Les nous seuls sont ensemble - 42 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)
Nous ne savons pas aimer. Avec un effort soutenu, nous tentons de dire je t'aime. On pense que c'est usuel, on ne sait pas prononcer quand on ne sait pas faire. Nous avons le corps pour les gestes, nous avons suffisamment de sexe pour l'accomplissement, ensemble en pensant un accord. Le cœur littéraire dit oui, le corps de viande dit non, ou peut-être. L'amour, c'est comme le bison. Apprivoisé, il n'a plus d'Indiens.
Les nous seuls sont ensemble - 41 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)
Nous sommes imprudents, il faut aller vite. Les rancœurs et les vengeances nous sauteront dessus, nous avons été bougrement gentils et diablement menteurs. Il faut arriver à ses fins, dit-on. Ensemble, comme branches portant les fruits, nous avons utilisé l'arbre de nos connaissances comme s'il devait s'agir d'un figuier ou d'un pommier essentiels. Un humain se laisserait prendre à ce subterfuge, un animal aurait fui ou attaqué. Nous avons voulu renverser la table des matières.
samedi 4 juillet 2026
Les nous seuls sont ensemble - 40 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)
Nous comprenons que les morts se nourrissent de nous et nous avons arrêté le sucre, le tabac et les guerres pour que nos corps soient de bonne composition et presque beaux à voir. Les morts voient tout, en 2D, 3D, en audiorama musical et en N&B muet, ce qui les rassure, dans un décalage structurel qu'on avait un moment perçu et cultivé ensemble en salles obscures. Les bonbons de la pie qui chante et les glaces venant des Esquimaux furent des mensonges pour éloigner les morts de la vérité. Proches et lointains. Avec le numérique, ils sont un peu perdus. Ils attendent. Nous attendent.
jeudi 2 juillet 2026
Les nous seuls sont ensemble - 39 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)
Nous les voyons semblables ordonnés, ensembles se montrant d'un même horizon et nous avons aussi créé notre horizon, il fonctionne avec le réseau, il a ses pannes que nous acceptions. Nous les voyons qui ont l'âge d'avant nos intelligences d'artifice et qui croient encore au soleil autour duquel on se doit de tourner. Ils sont le père, la mère, notre mémoire nécessaire et comment ont-ils fait ? Ils ont l'évidence du fossile et le rythme de toutes les veines, ils dépassent le temps, nous sommes l'instant.