Mon écriture a trois petites têtes, la première prétend faire des histoires, le deuxième prend des images et les complète de mots, la troisième se juxtapose à des artistes. Les trois têtes n'ont pas de dents et portent un bonnet de laine en cette période.

samedi 14 février 2026

Limites créées - © CreaphisEdition - 03

Le naturel à la limite de l'artificiel, nous croyons qu'il cherche alors sa place, nous murmurons qu'il pourrait quand même s'installer ailleurs. Nous pensons que ce naturel est une menace, qu'il revient au galop pour brouter notre herbe artificielle et sait-il qu'elle ne lui convient pas ? Nous ne le repoussons pas, non, il se vexerait et aurait des velléités de vengeance bien vite repoussées pourtant. L'employer comme décor, au mieux et lui mentir. Lui suggérer, à ce naturel imprudent, d'aller se faire voir ailleurs, sur nos paysages de vacances, dans nos parcs circonstanciés.



 

jeudi 12 février 2026

Limites créées - © CreaphisEdition - 02

Pas suffisamment je me suis trop approché et c'est de loin que je fis des saluts, des photographies, des appels de phares, des simulations et des murmures. Je n'ai pas la bonne distance et je me cogne aux limites que je voulais souples et que je construisais épaisses. Une prudence, je crois, je n'ose simplifier dans le terme de timidité. J'ai donc loupé des événements, des accidents et des câlins. Je me retourne parfois dans la volonté de saisir des regrets et de les jeter un peu plus loin ; ils s'écrasent mollement à cette limite que révèle la buée quand je respire.




Limites créées - © CreaphisEdition - 01

Les accumulations étaient pour moi une démonstration de richesse, une image de réussite et me voici encombré, la cave pleine de vins trop vieux et les étagères pliant quand la planche est trop fine. Je n'ai pas eu de limite en ces cueillettes, mon estomac est trop petit, mes yeux sont usés et ma respiration n'ira pas souffler dans toutes mes trompettes. J'ai tant rangé, tant classé, tant manipulé sans saisir, sans caresser, sans savourer. Si je dois partir, il me faut laisser tout cet empire pour prendre un sac de souvenirs fragiles, les poches pleines de mes simples mains.




mercredi 11 février 2026

Carcasse de sorbet - 27 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Ne faut pas forcément de l'alcool, il faut juste du sucre. Oui, ça fonctionne pareil, ça donne du calme et ça fait redevenir tout petit, tout gosse quand on croyait tout et qu'on jouait avec tout et que le monde était des histoires gentilles avec des monstres. Du sucré, des gâteaux, je sais pas, habillés avec des belles couleurs qui font la fête, on a tous ça dans un tiroir, des guirlandes, des bonbons qu'on a oublié de manger, des trucs en plastique mou jaunes ou verts ou rouges ou bleus au pire, cherche, bon dieu. Sinon, y'a des cachets, il faut une ordonnance.



samedi 7 février 2026

Carcasse de sorbet - 26 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Peut-être rien. Des faux carrés de chocolat, un anniversaire à non souhaiter. Du sucré de compensation, du bleu dans l'âme, au final un raton laveur suspect. Cette invitation du diable charitable qu'il faut bien croire, diable, qu'il faut bien accepter. J'ai douté comme je doute encore et n'ai plus l'âge d'accepter un professeur qui me dira vrai. Je dis oui à ton rêve, j'y crois, je vois chaque objet qui t'a foutu la joie, parce que c'est mieux qu'une réalité, c'est plus puissant qu'un bas monde sur lequel je piétonne et d'où tu pris ton envol.




jeudi 5 février 2026

Carcasse de sorbet - 25 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Toujours une virevolte dans une immobilité. Sinon, tout serait ennui, grisaille et graine mal plantée. Comme une étincelle qui part d'une bûche, on ne sait pas, on ne l'attend pas, elle file sur le tapis ou se fond dans les braises, sans en rire. Réclamons l'incendie, les marges percées et l'univers dispersé, le chaos joyeux mis en règle par des ivresses bien préparées, comme on fait son lit, comme on lance les lumières aux noëls espérés.




mardi 3 février 2026

Carcasse de sorbet - 24 - (d'après une œuvre de Cristine Guinamand)

Si plus loin veut aller ma voix, je monte sur n'importe quoi et je tente une respiration qui vient du profond, qui vient de l'impossible, qui vient de l'intime et qui lâchée cassera toutes les barrières. M'écoute-t-elle, cette bestiole qui s'en va chercher abri ou juste du calme ? Eux qui se moquent, ont-ils perçu la valeur des tripes secouées pour un cri qui se voulait phrase ? Les murs n'ont pas ondulé, une fenêtre ne s'est pas ouverte avec éclat. Les nuages ? Vont et viennent, sourds je suppose et ne me vexent donc pas.