Mon écriture a trois petites têtes, la première prétend faire des histoires, le deuxième prend des images et les complète de mots, la troisième se juxtapose à des artistes. Les trois têtes n'ont pas de dents et portent un bonnet de laine en cette période.

samedi 6 juin 2026

Les nous seuls sont ensemble - 14 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)

Nous multiplions les occasions de nous voir. Pour rien, pour tout, pour un rien ensemble au coude à coude, pour tout un chacun, le tout pour le tout, on n'a rien sans rien. Quand la coupe est pleine, nous savons nous éloigner. Certains sauront mourir avant les autres ou partir nous ne saurons où ni avec qui. Les jalousies seront tues, les conflits sous le tapis, les regrets murmurés, les retours hurlés ou applaudis.




Les nous seuls sont ensemble - 13 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)

Nous évoquons notre jeunesse égarée quand notre mémoire se fabriquait sans penser à faire une sauvegarde prudente. L'idée d'avoir été bébé, les belles sensations, les premières fois d'un goût, d'un parfum, d'une rencontre, les premiers gestes. Nous avons ça contenu, planqué, ensemble nous ne savons pas en parler sans évoquer cette disparition. C'est pourtant là, à portée de main, c'est entêtant.




jeudi 4 juin 2026

Les nous seuls sont ensemble - 12 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)

Nous avons en tête une personne disparue et c'est une manière de la garder proche, d'être ensemble par la mémoire, par des faux souvenirs qui sont plus efficaces que la photographie mal rangée ou que cette vidéo dont on ne peut plus rien tirer. La mémoire s'en amuse et fait intervenir la personne quand elle veut. On cherche, elle est ici, s'absente. La mémoire découpe et choisit les morceaux, il faut cuisiner les souvenirs pour qu'ils parlent. Se rencontrent.




mercredi 3 juin 2026

Les nous seuls sont ensemble - 11 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)

Nous avons arrêté de fumer, c'est mauvais pour la santé, mauvais pour la planète. C'est ensemble que nous avons décidé. Ce serait difficile séparément, chacun sa méthode éphémère et l'envie cruelle quand l'autre, en décalage, s'en grille une, comme ça, par habitude de ne pas y penser, sans vouloir faire mal. L'envie est encore là et les mouvements comme le goût sont encore présents, laissons passer, assumons la dépendance, cherchons-en d'autres plus douces.




Les nous seuls sont ensemble - 10 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)

Nous pointons du doigt notre lumière, vous regardez la lune. Vieille habitude ou la réponse à quelques fous. Nous vous accordons ce droit de vous moquer de nous, ensemble nous avons convenu que notre ridicule ferait sourire plutôt que d'en mourir. Ainsi va le spectacle de ceux qui ce montrent, monstres d'occasion, étant vus sans être voyants, étant entendus sans crier gare.




lundi 1 juin 2026

Les nous seuls sont ensemble - 09 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)

Nous nous sommes ouverts à vous, entièrement, sans pudeur et avec un peu de crainte, chacun est fragile même si nous sommes forts ensemble. Ainsi vous nous lisez à cœur ouvert et dans notre intimité calculée. Chercher, attendre, prendre, jeter, nous sommes disponibles pour un temps particulier, prudemment mis à nu et gardant distance. Tout rentrera ensuite dans les habitudes, nous nous en relèverons.




dimanche 31 mai 2026

Les nous seuls sont ensemble - 08 (d'après une œuvre d'Alexis Meilland)

Nous tendons l'autre joue quand sera posée une autre bise. Pour la baffe, mieux vaut éloigner sa tête de la main malfaisante. Est courageux celui qui fuit. Il sera moqué, conspué, ridiculisé mais la peau n'aura pas mal et le combat n'aura pas été perdu, juste reporté voire évité. La bise et la baffe ensemble peuvent être appréciées si la chose est convenue, le plaisir peut être dans les pétales ou dans les épines.