Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

mardi 2 mars 2021

03 - Génissiat, une chute

 

Elle est de bonne tenue, la colonne est droite, la face est certaine, elle sera bien sur la photographie. Elle sera silencieuse, elle nous le promet, elle parlera plus tard, elle chantera aussi, elle veut aller du murmure au cri, elle parle de tango, de sublimation, d’une calme folie, elle nous promet le spectacle. Attendons, demandons, exigeons !

 


 

lundi 1 mars 2021

02 - Génissiat, une chute

 

Ses courbes se tendent à la tentation de les suivre, rien ne doit s’accrocher aux courbes, ça fonce, mon vieux, ça se développe aux regards, ça voudrait toutes les mains pour accompagner une approche, une fuite, un arrêt qui ressemble à un épais vent. Filons, restons !

 


 

dimanche 28 février 2021

01 Génissiat, une chute

 

La présentation se fait. Pas tous côtés, par toutes vitesses et des arrêts, voici l’envol du manteau, voici la démarche des plis et la traîne aux relents de mariage suave. L’allure est étudiée, nous voyons tout de la mariée, nous en guettons la jarretière et ça ne se fait plus, l’érotisme obligé ne se fait plus, l’eau a coulé sous les ponts, buvons !

 


 

 

 

 

 

samedi 27 février 2021

30 (et fin) - Venise en mémoire

 

J’ai appris très tard que la corne de licorne est une dent de narval et que le narval existe. Je dis parfois Nerval, je rectifie vite. Je préfère croire encore en la licorne, invisible aussi et que je n’irai pas rencontrer, je préfère le mythe à un animal tordu,  non maîtrisable et aquatique. Certes, le narval chante. La licorne plaît aux filles. Si je devais manger ou faire travailler une de ces deux bestioles, je choisirais la licorne.

 


 

vendredi 26 février 2021

29 - Venise en mémoire

 

Lignes droites, lignes courbes, le chemin le plus court est appris très tôt, allons droit. Plus tard, je comprends que la courbe est plus intéressante, plus difficile, plus longue et qu’elle me demande de l’exigence, du temps, de l’observation et ce qui peut devenir de la gentillesse, de l’humour et de la sensualité. Les animaux, les plantes et les planètes sont composés de courbes. Même le rayon de soleil, à la longue, se courbe. Aller droit devient pour moi douteux et dangereux.

 


 

jeudi 25 février 2021

28 - Venise en mémoire

 

Je fus impressionné par les jumelles, quatre de mon âge à l’école et je ne m’en approchais pas. Je ne les confondais jamais, même lorsqu’elles échangeaient leurs habits et manières pour s’amuser de nous. Plus tard aussi j’ai rencontré des jumelles. J’ai fini par les perdre de vue, j’en garde un regret. Je devrais affronter ce qui m’impressionne, la peur n’a rien à faire dans cette idiote timidité.

 


 

mercredi 24 février 2021

27 - Venise en mémoire

 

Je ne confonds pas la droite et la gauche. Mon stylo, à l’origine, donnait l’indication. Puis la richesse et la pauvreté, la lutte et le conservatisme, les masses et le pourvoir, j’avais une autre manière de ne pas confondre. Tout devient confus avec l’âge et je voudrais me contenter d’un compromis. Ou passer d’un côté à l’autre sans me cogner, discrètement. Je bricole plutôt de la main gauche. Mon pied d’appel est le droit. J’applaudis des deux mains.