Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

dimanche 15 septembre 2019

Aux anges - 22


Nous dormons parfois comme des anges, avec le sourire béat qui commande les rêves et les pose sur le côté du lit ou juste sous la tête, c'est mieux. Les rêves sont moelleux et se posent comme les chats, en boule, parfois en long pour s'étirer quelques secondes. Ils ne débordent pas et ne tombent pas du lit comme un livre sait le faire et me réveillerait. Et les rêves remuent peu, se laissent aller comme on les aime et se laissent oublier au réveil.


mardi 10 septembre 2019

Aux anges - 21


N'est pas toujours d'or ce qui brille. Et pourtant fascine et attire comme un fromage attire la mouche et comme la fleur attire l'abeille, indispensables nécessités ou symbioses. Ce qui brille ne fait pas toujours de lumière et souvent se contente de refléter, c'est moins épuisant et ce qui brille n'a pas besoin d'odeur ni de discours. Nous voici autour de ce qui brille et nous voulons aussi briller, la lumière se partage et se vole et se prend, la lumière s'entretient. Ce qui brille est précieux, ce serait une armure, une eau calme et ce serait l'idée d'un diamant, la possibilité d'un soleil au creux de la main. Ce qui brille ne veut pas d'ombre et sachons garder distance.


dimanche 8 septembre 2019

Aux anges - 20



Bon. Il faut faire suivant ton caractère. Si tu cherches à imiter, ça n'ira pas. Je te connais. Tu y vas avec prudence, tu restes timide, tu dis juste une phrase. Simple, facile. Ou une question, l'heure, une direction, la météo, bref, du quotidien. Si elle répond, tu restes à ce stade de timidité, tu laisses tes mains sur toi. Ton humour peut fonctionner, tu tentes. Si elle sourit, tu continues et surtout tu la laisses parler, tu lui laisses le temps. Si elle rit, on dit que c'est gagné mais bon, prudence encore, je te connais. Ensuite, une discussion viendra, banale et quelques pics d'intimité viendront, tu les saisis mais sans exagérer. Regarde ses mains. Le reste, fais mine de ne pas le voir. Ses mains et ses yeux, bien sûr. Ensuite, c'est elle qui décidera, je te connais.

Chartres - Annonciation

samedi 7 septembre 2019

Aux anges - 19


Il faut surveiller le pouvoir, celui que nous prêtons et qui peut nous être volé par ceux à qui nous le confions. La vigilance n'est pas apprise, il faut donc en savoir les règles inexistantes. Prendre de la hauteur et ouvrir l'œil et nous n'avons pas appris à reprendre un pouvoir qui nous est confisqué. De petites révolutions au-dessus du pourvoir, juste comme ça, pour l'ambiance, permettent de savoir si le pouvoir nous est ami ou ennemi, si nous avons le droit d'avoir le droit. S'il nous faut chier sur la tête des dirigeants, digérons bien notre envoie, notre besoin, notre nécessité de liberté, d'égalité et de, comment prononce-t-on ? De justice. Dans cet ordre ou dans un autre.

West-Vlaaderen "Het Brugse Vrije"

vendredi 6 septembre 2019

Aux anges - 18


Désolé, plus rien. Le fût est vide. Et puis, vous arrivez un peu tard, on est ici depuis le matin, on a tout partagé et ceux qui devaient partir sont resté, alors, forcément, il reste plus rien. Si, de l'eau. Ça veut dire plus rien. Bon, on avait dit, chacun amène un truc. Vous faites une soirée avant et vous venez finir ici, c'est sympa mais quoi, on n'a pas attendu. Je dis pas, c'était du picrate et vous n'avez rien loupé, mais on a dansé avec et on a chanté et puis c'est plus l'heure. Il reste pas mal de pain, je crois. Et des sardines, ça, on en avait de trop. Et du poulet aussi, des buffalo wings, comme on dit en Amérique. C'est super fort. Alors ça donne soif. Et là, c'est vraiment con. De l'herbe, vous avez ? Ou je sais pas... Sinon, trouvez un coin pour pieuter, on verra demain.

Issoire

jeudi 5 septembre 2019

Aux anges - 17

"Chacun porte sa croix". C'est parfois lourd, de bois comme de coton et c'est encombrant. Il est serein de se faire aider parfois, entre deux idées qu'on se fait de sa vie. Alors haute elle serait, cette croix qu'il faut porter, haute comme on tend une coupe après avoir gagné en attendant les bisous de la préposée aux bisous de la victoire. Une croix de vie qu'on laisse tomber ne casse pas et ne se rend pas en poussière, on peut parfois la poser et s'en servir de banc, ici aussi à plusieurs pour voir passer les autres croix, les croix des autres. De banc ou de table ou de porte-manteau, la peine de la vie est un objet changeant, vélo, chapeau, arme ou juste poids de son poids, croix d'or ou croix des oublis.



Notre Dame de Myans

mardi 3 septembre 2019

Aux anges - 16


Un couple adorant les animaux s'est proposé de s'offrir une cage avec dedans deux canaris, ajoutant du bonheur à leur bonheur. Un perchoir chacun, la mangeoire commune et une affection débordante de leurs propriétaires, puisqu'ils se considèrent ainsi. Certes ils ne voleront pas et ne connaîtront pas les nuages, mais les voici en couple, protégés et nourris, faut pas demander la lune dans le soleil. Laissons-les s'ébattre et chanter, s'égosiller et hurler, crier de leur vocabulaire restreint mais le jour et surtout, tout le jour, c'est un peu agaçant. Les relâcher ? Que ferait-on de la cage ? Et le chat les mangerait. Ou un autre chat.