Mon écriture a trois petites têtes, la première prétend faire des histoires, le deuxième prend des images et les complète de mots, la troisième se juxtapose à des artistes. Les trois têtes n'ont pas de dents et portent un bonnet de laine en cette période.

vendredi 1 mars 2024

Soleils - 20

 

L'araignée se cache en dehors de sa toile et lorsqu'elle est sur la toile, immobile, elle n'est pas piégée pour autant. On serait la mouche attendue, on n'a pas voulu voir le piège ni bien sûr l'araignée. Elle n'est pas méchante, elle mange, simplement. On a voulu voler pour le plaisir ou pour le voyage ou juste pour chercher à manger. Si la mouche mangeait des araignées, le monde en serait inversé.

 


 

Soleils - 19

 

Il y a une limite à tout. On voudrait prolonger, on voudrait que les deux infinis se croisent et s'éparpillent mais il faut les limites, il faut les pointillés de la route, la ligne blanche de confidentialité à la banque et les frontières pour punir les voleurs et les réfugiés pauvres et étrangers. La limite est mouvante, celle d'un son est peu définie, celle d'un incendie ne se constate qu'après. On est soi-même limité, par ses connaissances, par l'aptitude de son corps, pas les volontés fluctuantes de dépassement.

 


 

mercredi 28 février 2024

Soleils - 18

 

Lorsqu'on doit poser un tableau au mur, on fait un trou. L'outil dépend de la matière du mur ou de la cloison et du poids du tableau. Un poids relatif à sa matière et non à ce qui est représenté. Le tableau penchera si le trou répond à une accroche qui n'est que peu centrale. Certains supportent, d'autres en meurt ou déplacent continuellement le tableau jusqu'à un équilibre qui le verra en bonne position. Le trou dans la cloison n'y est pour rien, on ne doit pas le décaler. C'est l'attache qui ne va pas, c'est le tableau, non son sujet mais sa forme. Deux attaches pour un fil aideront, parfois.

 


 

Soleils - 17

 

Deux doigts se rapprochent et délicatement on prend le fragile, on va l'observer, le poser plus loin ou le manger. L'index et le pouce. Mouvement fondamental, prise primaire qui peut à l'occasion dire "OK", qui laisse libres les autres doigts qui font alors la crête de coq ou qui se replient sagement dans la paume. Si on forme un rond entre le pouce et l'index, on en fabrique un œil pour la photo, le cinéma ou pour la visée d'un projectile désagréable, pas OK.

 


 

mardi 27 février 2024

Soleils - 16

 

Le dessin sur le papier permettait les maladresses actées. La ligne était tremblante à la regarder à la loupe, elle hésitait quand le bras disait à la main d'hésiter. L'idée montrait les contours des doutes et de la volonté triomphante, le trait se faisait léger ou épais, il racontait, même s'il devait devenir la représentation d'une cloison ou d'un élément mécanique. Le dessin assisté par l'ordinateur est franc et ne supporte pas les contradictions ni les imperfections, il est 1 ou 0 et même en pointillés, il ne tremble pas. Il faut alors que le support soit un papier désordonné ou humide pour tenter de rendre fragile ce qui se veut toujours puissant.

 


 

Soleils - 15

 

On s'embarque dans une histoire avec la belle idée de la découverte et des échanges. On veut le plaisir, on sait le risque. On fonce, on s'y enfonce plus ou moins prestement, plus ou moins maladroitement. Allons-y, ne ratons pas l'opportunité. On s'envole, on coule, on se laisse glisser. Un grand voyage alors durera ou sera posé dans un claquement de doigts. Un petit voyage éclairera ou assombrira la vue qu'on a du quotidien devenu extraordinaire. 

 


 

Soleils - 14

 

On peut avoir beaucoup trop bu, ça s'entend dans les voix et dans le flou des expressions. On a le corps en vadrouille et on vise le sublime. Moins glorieusement on vise le lit. On fixe la fin de la soirée ou la belle idée qu'une ivresse ne doit pas finir, pas comme ça, pas devant une bassine. Alors ça baisse, inéluctablement, on voit demain qui s'affranchit de nos excès, qui réclame un rétablissement. Un demain qui ne tiendra pas longtemps et qui en profite, le diable.