Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

samedi 21 juillet 2018

Ayons bonne mine - 40



Saint Etienne - Puits de la Pompe

On connaît en chaque région une maison hantée. Bâtisse ou ruine, elle a son âge et ses histoires, elle en impose. Les gamins s'en approchent, oseront un jour, certains, frapper à la porte pour courir ensuite. C'est la maison des malédictions, la maison d'une sale histoire, oubliée mais présente, c'est la charpente du pendu ou l'escalier de l'assassin et celle dont on dit qu'un homme fut enterré vivant, entre deux murs ou dans la cave, un tunnel secret et qu'il respire encore. La vérité n'est pas de mise, ce lieu est néfaste, on y perd santé, vie, illusions, on y perd son âme, il ne faut pas entrer. Ce lieu un jour disparaîtra au profit d'un grand magasin ou d'une usine de machins. Ces lieux un jour disparaîtront des mémoires, comme la géhenne, le Malin, Lustucru, les limbes, un loup, des savoirs, les parents de nos parents, moi ici hantant, hésitant.


jeudi 19 juillet 2018

Ayons bonne mine - 39

Les deux crassiers du Puits Couriot


La taupe au jardin est utile, comme le sont les limaces et les vers de terre et la bèche est imbécile qui coupe les bêtes et veut seule remuer et laisser respirer la terre. La taupe met un désordre dans le plat pays du jardin, on l'accuse de manger les racines, on accuse les morts du même méfait. On l'accuse de laisser la trace de son passage. On accuse la limace parce qu'elle est sale et dégoûtante et non comestible, on accuse tout de qui n'est pas gentil quand on l'appelle. On n'appelle pas le renard, on n'appelle pas le clochard immangeables, on appelle le chien, on lui met le museau dans le trou de la taupe et on lui dit cherche, cherche. Le chien fouille et détruit puis s'en gratte l'oreille.


mercredi 18 juillet 2018

Ayons bonne mine - 38

St Etienne - Puits du Treuil


Dans le village où je grandis se montent de grands bâtiments. Ils sont nécessaires et prennent leur place entre le cosmos et mon quotidien. Et d'autres temps, ils étaient une église, un stade, une halle aux grains. Il faut que j'accepte, il faut que j'oublie la mort des animaux du lieu et les arbres couchés puis traînés, il faut que je trouve ma place, elle est toute petite. Mais je grandis, heureusement, mon village aussi. Quand je serai très grand, ceci ne me suffira certainement pas, je partirai vers de plus grands bâtiments.



mardi 17 juillet 2018

Ayons bonne mine - 37

Puits Couriot - vue d'ambiance


Défendu d'entrer, il est autorisé de bien s'en sortir. Il est parfois compliqué de s'introduire et bien plus simple de s'extirper. Une histoire sentimentale, un lieu de naufrage, une île dite déserte. quelques guerres. Savoir en partir quand on n'aurait pas dû entrer. Savoir ne pas entrer ? Défendu d'entrer aux enfers avec l'intention d'en sortir, ou de faire sortir quelqu'un, défendu d'entrer ici sans payer l'entrer ou sans vouloir consommer, défendu d'entrer dans le panorama sans risquer la chute libre, libre et sans retour. Défendu de se faufiler avec toutes nos grosses allusions à ce droit de passage, il est interdit, pauvre, de venir chez nous et ton demi-tour est un peu délicat, je le sais, va, qu'on ne te reprenne pas. Va, fais de chez toi un monde merveilleux, même s'il t'est interdit de t'en sortir. Un bouchon reprend forme quand il a quitté le goulot. Mais il aura été percé, sera jeté. Et coule.


lundi 16 juillet 2018

Ayons bonne mine - 36



Sortie du puits sous le regard des surveillants

Rasons les murs, l'âge ne les a pas lissés. Nos mains rasent les murs, nos mains aussi se sont creusées. Rasons les murs et notre culpabilité sera feinte, ils nous surveillent et nous passons, inaperçus croyons-nous, croyons nous qu'ils sont aveugles et regardent ailleurs, croisons les murs pour brouiller nos déplacements, les policiers de la morale ont bien quelques broutilles à nous reprocher. Flattons les murs quand nous restons à l'extérieur, une prison est si vite arrivée. Filons les murs et tissons nos maisons, nos palais, nos temples, nos endroits, entrons en eux comme fantômes aux boulets transparents mais lourds de nos mauvaises pensées, l'idée de penser est déjà mauvaise. Chantons les murs et couvrons les craquements des fondations, sifflons les murs, ils viennent à nous et réclament une nouvelle baie, un toit pour la pluie, entre la terre profonde et le ciel enfui.


dimanche 15 juillet 2018

Ayons bonne mine - 35


Puis Couriot "salle des pendus"

Je suis resté sur le carreau, l'habit sous le bras, seul et perdant, à savourer mes pas perdus à ne plus savoir où aller. J'eau beau creuser, mon attitude est négligée, je ne suis pas à la hauteur, pas sortable. Je dois prendre du recul et voir ce que je suis devenu, dépouillé des ambitions et de la colère de celui qi découvre mais qui manque de mots. Alors je pourrai me faire tailler une tenue respectable, je pourrai me vendre. me donner. Voici que j'ai broyé du noir et je me suis vu sali, je veux m'enlever cette dépression et retrouver la prestance de mes jours fastes, l'inutilité y côtoyait le plaisir er le ridicule, je dois retrouver cette pluie de désirs qui me portaient, me transportaient au-dessus de ma condition.


vendredi 13 juillet 2018

Ayons bonne mine - 34



"Décagement des bennes au chevalement"

Les Pieds Nickelés sont des farceurs, voleurs de peu, ils ont l'occupation joyeuse et sont heureux dans le désordre et dans les repas. la complicité est ainsi, elle oublie le métier, le travail de voleur, pour trouver mais d'abord pour chercher des attitudes incongrues, solidaires qui dans cette durée de complicité offrent une belle vie, solide, engageante. Pour ces bêtises, on se cache, on fait le beau en secret, on se dissimule pour en bien profiter. Qu'une personne tierce vienne à découvrir la stratégie, on le prendra dans l'affaire. Sinon, rejetons-le, continuons, amusons-nous en volant un peu quand même.