Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

samedi 8 septembre 2018

Les Mottes - 28

" Le Grau du Roi - Promenade du Front de mer"


S'il faut de jeter à l'eau, c'est avec la motivation, la réflexion et l'idée de pouvoir s'en sortir. Penser que tout acte est chèrement payé, c'est ne plus rien faire. Penser que l'inutilité doit être éviter, c'est ne rien vouloir faire. Penser qu'il faut agir sans réfléchir, c'est vouloir tout faire sottement en espérant bien faire. Se jeter à l'eau sans réfléchir, c'est déjà se noyer. Dans tout acte, il faut se mouiller, mettre des couleurs à ce quotidien, s'approcher de l'horizon.


lundi 3 septembre 2018

Les Mottes - 27

"L'Immeuble Marina Baie des Anges"


Je me suis courbée à ton passage, mes bras t'accompagnant dans ta vitesse et ton inattention. Je suis restée, attendant que tu reviennes et je me serais encore courbée à cet autre passage et le lendemain aussi et des années encore, espérant attirer ton regard et ma courbe est un hameçon qui t'enlèverait de ton parcours et de tes inaltérables quotidiens, je te puiserais pour sous ma courbe te garder en prison douce et dorée.


samedi 1 septembre 2018

Les Mottes - 26

"Cap d'Agde - Port Nature"

 S'il faut aller haut, c'est question d'échelle. Le vertige, on ne le sait pas d'avance, montons ! Constatons que la foulée est la même, il y a des barreaux en bas puis progressivement en haut, d'identique mesure dans le mouvement, notre pied reste le même, c'est la hauteur qui change, c'est l'échelle, c'est le paysage.  Aux premiers barreaux se contentent les petits, ceux à qui suffit de l'environnement bouché et qui manquent d'ambition. Montons. Passages parfois difficiles, le corps perçoit la pression que les barreaux n'indiquent pas. Milieu d'échelle ? Beaucoup resterons à attendre, hésitant entre descendre et continuer l'ascension. Médiocres, les nommons-nous. Montons encore et là se fait le spectacle du monde et de ses nuages. La peur peut venir de ce risque de chute, amis, profitons, restons un peu, ne regardons pas en bas, voyons loin.



Les Mottes - 24

"Grande Motte – La Motte du Couchant"


Sur l'étagère sont posés les objets de la collection. La collection est précise et les objets s'y inscrivent justement, nécessairement, précieusement. Un néophyte n'y verrait que peu de différences entre les objets, il ne chercherait pas les nuances, il dirait que les objets sont le même multiplié. C'est l'ennui d'une collection pour celui que ne la comprend pas. C'est la joie du collectionneur d'avoir cette vibration, de maîtriser ces légères tendances d'une même espèce. Et l'étagère est montrée, l'étagère est discrète, elle est le lieu essentiel. On ne voir pas l'étagère quand on regarde la collection. C'est pourtant elle qui tient le propos.


jeudi 30 août 2018

Les Mottes - 23

"Grau d'Agde - L'embouchure de l'Hérault"


J'ai tendu les bras pour t'attraper. Non, pour t'accueillir, pour t'accueillir, bien sûr et les mains étaient ouvertes, non armées, tu le sais. Tu lisais ceci comme une capture possible et tu t'éloignais. La méfiance croit éloigner d'un danger visible et parfois amène à un autre danger. J'acceptais d'être le premier danger. Tu revenais souvent, parce que t'attirais, en rêve la nuit, en te nommant le jour. Tu revenais et t'éloignais. Alors j'attendais, j'attends toujours, j'attends qu'un jour tu entres en moi.


lundi 27 août 2018

Les Mottes - 22

"Grande Motte – Vue aérienne"


Un seau, une pelle et l'enfant que je suis. Jouer avec les matières. D'abord, jouer avec le temps. Je sais que les châteaux sont prenables, périssables et qu'il faudra chaque jour et chaque année revenir à ce travail et le parfaire. Je n'en fais pas davantage en nombre, je préfère trouver des formes, des assemblages, des histoires à ces châteaux. Je sais que je bâtis des ruines et je n'aime pas les voir ainsi disparaître et dès que la mer monte, je file me cacher. Je suis en concurrence directe avec les vagues.


dimanche 26 août 2018

Les Mottes - 21

"Port-Barcarès – Nautica - cité lacustre, vue du ciel"


Dans mon cœur, il y a une poche dans laquelle tu nages encore, dans mon cœur qui pourtant prend le temps de transporter mon sang, il y a ton image et il y a toutes les phases que tu m'as dites, toutes les chansons que tu laissais transparaître. Dans mon cœur qui est un peu fragile et qui inquiète mon docteur, il y a toi qui vas bien, il y a tous les sourires que tu me donnais et que tu donnais aux autres, oui, aussi ces sourires que j'aime aussi garder dans mon cœur et je voulais que tu aimes les autres aussi et je voulais que les autres, aussi, puissent te prendre entière dans leur cœur. Tu es entière dans mon cœur et sans doute l'es-tu aussi dans d'autres cœurs. Avec plus ou moins de tension. Moins ou plus d'amour.