Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

dimanche 8 décembre 2019

Allez vaches - 03


J'aimerais un jour, oui, juste un instant comme cela se fait... Ceci me vient de mon nez en l'air, j'ai vu tant de nuages en tentant de voir au-dessus de moi, tant de nuages et je me suis mis à les apprendre, surtout à les voir et surtout à les voir se transformer. J'ai imaginé mille objets, j'ai mis mille mots sur les formes que prennent les nuages et sans cesse recommencées pour d'autres formes qui me donnaient d'autres  mots d'objets et des pays et des visages et des animaux. J'aimerais un jour, fugitivement et même en cachette, qu'un nuage me ressemble. Il sera plus facile que je ressemble à un nuage.




mardi 3 décembre 2019

Allez vaches - 02


Ce lit tombe à pic, nous voulons nous reposer. Nous regarderons passer les rêves et nous tenterons les souvenirs de nuit, sachant que s'évapore la grande part des songes et que ne subsiste d'un frisson, au mieux une image. Nous nous accordons cette danse immobile et salvatrice, ce plaisir du vide, ce doute de l'inutile temps passé, nous savourons notre observation du rien, ouvrant ou fermant le regard quand un bruit le sollicite, quand un rayon, au pire une forme le convoite. Dormir, dormir peut-être...

samedi 30 novembre 2019

Allez vaches - 01


Je vous ai rencontrée dans la veine de mon poignet, quand j'ai déclenché votre regard nerveux qui me disait voleur et je n'ai rien pris, nous nous sommes tourné le dos sans avoir la preuve de ce geste, oui, nous étions de dos et je ne sais pas si vous vous êtes retournée, je sais que je me suis retourné mais pas en même temps que vous si vous vous êtes retournée. J'aurais dû crier. Vous aussi, d'ailleurs. Nos prénoms, des insultes et nous aurions dû en rire.


La fin des anges

Voici que je ne suis plus un ange, je vais tenter d'être vaches...

samedi 23 novembre 2019

Aux anges - 52


Dans la guerre des mots, la musique est un bouclier. Qu'on porte en avant, qu'on jette devant soi, qu'on utilise avant la rime. Qu'on garde pourtant contre soi comme un premier habit de peau. Pour certains, la guitare efficace au ventre, pour d'autres le piano mais limitant les déplacements. Le violon vaut le cou et la contrebasse cache bougrement. La grosse caisse rend invisible et bavard, les cymbales peuvent tout écarter. J'ai une guimbarde qui me fait taire.

Couvent des Jacobins - Toulouse


lundi 18 novembre 2019

Aux anges - 51


On pourrait voir un paysage dans le tableau de Courbet. On y mettrait la main au feu. Quand on ne veut pas voir ce qui est montré dans l'origine du monde de Courbet, on se dit bien qu'un paysage fera l'affaire et qu'il donnera du relief à la toile de Courbet. Quand on veut voir ce qui est montré et qu'on n'ose pas, on pense que c'est presque un paysage et si quelqu'un derrière soi pousse pour voir et demande ce que c'est, on répondrait volontiers, c'est un paysage et voici l'importun qui file voir le sexe des anges, ailleurs, au plafond croit-on.

Notre-Dame-du-Laus - Hautes-Alpes

dimanche 17 novembre 2019

Aux anges - 50


Je m'endors sur mon instrument et celui-ci a-t-il besoin de moi ? Il est habituel que je m'endorme chaque soir et mon instrument le sait qui me pardonne et préfère aussi les moments d'oubli, il se recharge en notes, il se recompose. À mon réveil, il est prêt. Où bien est-ce lui qui est prêt et ça me réveille ? Alors, nous nous saluons. Je le vide parfois d'excès de notes. Je le nettoie, j'en sais la sensibilité même si mon instrument de réclame pas. Peu de concerts en ce moment, il ne sais pas, mon instrument, s'il est au repos ou dans une punition, je le rassure, j'ai encore du souffle, c'est juste que des représentation ont été annulées ou reportées.

Santiago de Compostela - Catedral