Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

lundi 23 mai 2022

Mange-tout - 22

 

À vouloir tout faire et courir des lièvres à la fois, on peut rester sur le carreau. À chercher toute la lumière, on peut se faire allumer, on s'allonge, on pense qu'on aurait pu être un peu modeste, prudent, qu'on devrait rester dans son coin. Moi qui dispense trop de conseils, je suis tombé dans tous les pièges et je les cherche encore, pour ensuite faire de  morale en abusant de conseils qui eux-mêmes sont des pièges.

 


 

dimanche 22 mai 2022

Mange-tout - 21

 

Nous acceptons tous. Nous acceptons le confort, nous accepterons ses petites réductions et les augmentations ciblées. Nous sommes ce troupeau social qui n'a pas directement le pourvoir et qui fait peu confiance, qui s'endort pourtant dès la lumière éteinte. La flamme de la révolution, nous l'éteindrons, nous avons appris à avoir peur des incendies. Restent des doutes, nous ne savons pas demain à quelle sauce nous serons mangés. Nous serons bons.

 


samedi 21 mai 2022

Mange-tout - 20

 

Pour avoir une fenêtre sur le monde, il m'a fallu faire bien des circonvolutions à en prendre le tournis. Il m'a fallu m'ouvrir aux autres sans devenir sec, moi qui étais si bien dans ma coquille et j'ai enfin obtenu une ouverture. Ça ne me fait pas voyager, bien sûr, ça ne me rassure pas mon plus, ça me sort de mon isolement dont je ne sais pas encore s'il était volontaire ou non.

 


 

lundi 16 mai 2022

Mange-tout - 19

 

Je me pique à certains usages et j’y enfonce mon temps perdu. Ce sont des jeux ou des séries qui se partagent, nous y tournons notre plaisir nonchalant, nous y laissons filer notre sociabilité inutile et indispensable en soirées oubliables. C’est un feu sans ardeur qui nous réunit pourtant dans ce qui n’est pas sacré et qui se produit les fins de semaines. Alors nous tournons autour du pot pour un sujet qui se laisse oublier, que nous n’osons pas appeler l’amitié, par pudeur.

 


dimanche 15 mai 2022

Mange-tout - 18

 

J'aimerais prendre de la hauteur sur les événements et voir petit ce que je pense immense. J'aimerais voir au loin et ma vue me contrarie, j'aimerais mettre au premier plan ce que j'aime et derrière laisser tous les malentendus. Je m'y prends bien tard pour vouloir changer le monde, au moins devrais-je changer ma vision du monde.

 


 

mercredi 11 mai 2022

Mange-tout - 17

 

Comment je m'en suis sorti ?  Non sans mal. Ce n'est pas visible aujourd'hui, je me suis brûlé les ailes. Je me suis extirpé, j'ai fui, pas de gloire à ça. En vitesse. Ensuite, je n'ai rien dit, je n'ai pas eu de mouvement de vengeance ou de justice, je me suis dégonflé. Je ne voulais pas perdre mon temps en procédures. Juste sauver ma peau. Je suis revenu dans mon cercle, je me suis protégé, j'ai retrouvé la fraîcheur de mon passé et je sais que jamais je ne tenterai une autre aventure comme celle qui m'a enflammé. Le fruit de mon expérience est bien sec.

 


 

 

 

mardi 10 mai 2022

Mange-tout - 16

 

J'aimais aller au cirque. Bien sûr, nous attendions les clowns, bien sûr à la campagne nous n'avions ni lion ni éléphant à admirer, nous trouvions un semblant de peur dans le trapèze qui finalement n'était pas si haut. Les chevaux tournaient, la musique avec. Les costumes et les voix étaient exotiques, fantastiques, nous ne savions pas les mots justes. Et les bancs étaient ronds et permettaient de voir le public partout, les copains, cette fille diamétralement en face, ceux qui sont en bas et qui n'ont pas peur, ceux qui sont en haut pour mieux voir ou pour fumer. Je serai clown un jour. Pas le blanc, je serai celui qui a les joues rouges et le nez rouge, celui qui reçoit des coups et qui est applaudi.