Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

mercredi 24 avril 2019

Les voiles - 15


Je me repose. Oui, et ne vas pas penser que c'est la fatigue qui m'oblige. J'aspire au calme, à la fraîcheur de ne rien faire et ne vas pas croire aussi que j'en ai fait trop et que la lassitude m'a gagné. Le repos est une discipline qui est mesurée, dépendante des accidents proches et des tumultes jaloux, elle veut qu'on lui fiche la paix, cette discipline du rien. Les inattendus attendront, les violences, les mouvements, les voyages, les passions attendront, je me repose simplement.


lundi 22 avril 2019

Les voiles - 14


Je reviens à la maison. J'ai parcouru tous les globes, vu des peuples et fui des peuples, j'ai lu des écritures que je croyais dessins, j'ai vu le soleil identique mais plus haut ou plus bas que le nôtre, je reviens. Je n'ai rien trouvé à ma convenance et c'est que je fus rejeté par les paysages et les chansons et les coups et les lois, je reviens. La maison n'est plus la mienne et la maison n'est plus, je devrai m'asseoir sur du rien, confortablement.


dimanche 21 avril 2019

Les voiles - 13

Nous sommes devenus des numéros, prisonniers de nous-mêmes, arborant le sourire des protégés, l'hébétude des ignorés, sachant que les codes nous ouvrent aux mondes parallèles, aux soins, à notre argent, aux rues sur les cartes, aux portes qui nous reconnaissent aux chiffres. Numéros intimes piratés, numéros par le cœur appris pour accéder aux mémoires, numéros qu'on veut croire gagnants. Qui relient, qui écartent, dans la course du temps.



vendredi 19 avril 2019

Les voiles - 12


Nous côtoyons le passé par ses traces. Abîmées ou flamboyantes, elles s'éloignent quand nous nous en approchons, disent ce qu'elles furent, en sourdine ou par énigmes ou mensonges. Quotidien, gloires et misères disparues nous offrent leurs ruines, leurs hésitations et parfois une intimité, nous hésitons. La vieillesse fonctionnerait encore ? Elle est dans le même temps que nous, plus jeune puisque née dans une date plus petite. Et sait moins de choses, elle ont continué, les choses, au milieu des ruines, des oublis, des traces égarées ou en attente d'une mode, d'une renaissance, d'une découverte.




mercredi 17 avril 2019

Les voiles - 11


Tant de personnes traversent les mers. Fuite ou découverte. Le premier, le dernier ne sont pas toujours gagnants, accostent et c'est le temps de l'accueil, la mer devient vaguelette et voici le sable, voici le rocher, voici l'écueil aussi quand les phares sont éteints. Les mers au passage ont prélevé leur part, les brigands aussi d'un côté l'autre. Nombreux sont les solitaires.




lundi 15 avril 2019

Les voiles - 10


Les trois, là, qui sont plantés. Les trois qu'on vient voir, pour voir plus loin, pour s'en approcher et s'écarter aussi. Les trois dont on oublie un peu les deux autres trop loin déjà et qui ne reviendront pas. On vient en cet endroit d'ouverture, on se tient ferme sur terre, les silences peut-être ou la peur cachée de vraiment s'en aller et de s'y faire oublier. Ces trois-là que nous regardons sans jalousie puisque nous pouvons danser autour ou presque et leur lancer des phrases toutes faites, bon vent, oui, bon vent.


dimanche 14 avril 2019

Les voiles - 09


Qu'on me dise simple si je ne vais pas dans les bonnes préoccupations et si le souci n'est pas ma vocation, je suis optimiste et ne cherche pas les ennuis, je regarde juste à côté et ce sont de belles choses offertes. L'inconscience, j'en fais mon affaire et je m'éloigne des emmerdements, j'avance gentiment, évitant les vagues et les tempêtes, le calme me tente.