Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

lundi 18 juin 2018

Non

Non, rien aujourd'hui, j'ai à nouveau du travail et ça prend le temps.

Dimanche , j'ai pourtant acheté 10 cartes postales qui s'ajoutent à 5 cartes de puits de mine locaux.

De la matière, donc.

et mon prochain roman avance à pas d'escargot.

Ah, on a enterré le Grugru.





dimanche 17 juin 2018

Ayons bonne mine - 10

"Retour au jour"


Les débuts de la photographie sont comparés à la peinture. Une représentation ressemblante. Supérieure cependant, pouvant être un témoignage fiable, une vérité. Pourtant la première photographie était en noir & blanc. Et le monde est en couleur du sol au ciel. La ressemblance est formelle, on doit en reconstituer les couleurs, les mouvements, aussi les odeurs et les bruits ou les chants. L'album de famille doit être commenté par les descendants, ce paysage doit appartenir à un moment de baignade, de promenade, d'éblouissement. Le noir & blanc suffit à décrire la mer ou cet arbre et cet enfant pour peu que la mémoire agisse. Et la mémoire est faire de vérités contournées, d'histoires inventées car derrière chaque dos se produit un événement. Se retourner ? Ce serait tricher. Il faut voir la lumière en face.


vendredi 15 juin 2018

Ayons bonne mine - 09

"Clapeuses au garde-à-vous"


Je n'avais jamais embrassé. J'étais très en retard. Les deux amies que j'ai perdues, aimant l'une, aimant l'autre, m'ont appris les bouches échangées, les yeux qui se touchent et qui ne voient plus, les secrets ridicules qui ne sortiront pas du lit, le verbe toujours, la promesse des doigts. Encore elles sont ensemble et j'en suis écarté, je n'avais rien et voulais tout prendre, elles donnaient tout mais il aurait fallu attendre. J'ai pris des wagons de fortune pour les pays éloignés, les pays étaient des bars, des artifices, des scènes sur lesquelles je suis monté en spectacle. Des sentiments, ailleurs. Les mesures d'un couple, l'axe d'une fidélité, la loi des habitudes. Je regarde ceci, le passé, les erreurs, les photographies déchirées, nos pauses dans le mouvement d'amours inventées.


jeudi 14 juin 2018

Ayons bonne mine - 08

"Tableau des jetons des mineurs dans la lampisterie"


"Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre". Le prisonnier d'une série télévisuelle le clame. Y croit-il ? C'est un excès qui nous incite à retenir tout numéro qui nous appartient, tout numéro auquel on appartient. Sécurité sociale, numéros de téléphone, de codes d'accès aux véhicules, ordinateurs, sites et secrets, adresses, nous voici numéros, nous voici mesurés. Le nom devient une description sommaire dont on a perdu l'étymologie ou la géographie. Les lettres sont devenues des chiffres, bases de l'informatique. Nous portons notre code d'accès, parfois le perdons et tout doit être à nouveau justifié, impossible de n'être personne, comme un personnage d'un film américain, se nommant ainsi, qui revendique alors sa liberté. "Personne". Y croit-il ?


mercredi 13 juin 2018

Ayons bonne mine - 07

"Saint Etienne - Salle des pendus"


On s'étend. Sur les propos, sur le fil, à l'équilibre on s'étend. Sur les propos quotidiens, sur le fil de la pensée, inaccessible posture, on prend son envol mais un plafond est la limite. Toute ascension possède sa limite. On s'étend, on veut une renaissance alors il faut qu'on se change et qu'on change de peau, qu'on prenne de la hauteur en se regardant, humilité d'une attirance au sol, irrémédiable attraction. On s'étend pour que demain soit différent mais semblable, on s'étend à merveille au-dessus des poussières, l'herbe est plus verte en hauteur, on prend cette distance par protection puisqu'en bas tout est dangereux, mouvementé dans la fouille incessante de sa demeure.


mardi 12 juin 2018

Ayons bonne mine - 06

"Le travers-bancs de la galerie reconstituée"


C'est invisible alors on n'y prend guère soin. La vie y circule et le flux est habituel, l'insouciance le guide. C'est lorsque le vaisseau éclate, lorsque l'artère est bouchée qu'on se soucie enfin de ce réseau nécessaire. Le nettoyage est-il tardif ? L'énergie qu'on croyait infinie et indolore vient à tousser, le manque s'attaque au corps, le trop frappe la peau, nous devenons cette machine malade qu'il faut alors nettoyer à défaut de rajeunir. Et le sang frais n'aime pas les excès que nous aimions tant. Chacun sait bien qu'au fond, la fin vient sans se déplacer. Nous fermerons les yeux, la pression tombera, la machine s'étendra, s'emportera.


lundi 11 juin 2018

Ayons bonne mine - 05

"Au fond, manœuvre d'une benne"


En tout chemin je cherche une issue. Le demi-tour du temps ne se fait pas, ainsi le trajet qu'on entreprend pour s'accomplir. Il saurait y avoir des inattendus, on pense que s'offrent plusieurs directions, on enrage devant l'obstacle mais on sait qu'il est formateur et que c'est par des phrases, des amitiés ou de la violence qu'on peut traverser cet élément qui empêcherait notre  orgueilleuse fuite qu'on appelle destinée, but à atteindre ou fin en soi. L'issue n'est pas un courant d'air et nos gestes se mesurent, se paient en fatigues, extases et bouleversement, en accident parfois et l'accident de la vie ralentit tout ou bien écourte. Il convient donc de ne pas se lancer la tête baissée, la main tendue, prudente est bienvenue, qui est l'outil de mon discours.