Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

samedi 19 janvier 2019

Les trous - 24


Si on m'avait demandé de faire un trou de bouton, j'aurais découpé soigneusement un rond à la taille du bouton et l'aurais présenté comme un enfant donne fièrement un dessin qui n'a pas débordé. On ne m'a jamais rien demandé de tel et le trou est une fente qui s'écarte doucement au passage un peu forcé du bouton qui s'immisce et se cale, tendu par les forces de mon ventre arrondi par la bière et les ans.


jeudi 17 janvier 2019

Les trous - 23

- Ensuite, il y a quoi ?
- Ensuite ? Autre chose encore, quelque chose de nouveau.
- Je ne vois rien. Explique.
- Autre chose, je veux dire, il y a forcément autre chose, on y va, c'est tout.
- C'est peu. Et s'il n'y a rien ? Le vide ?
- On tombe. Non, avance, je te dis qu'on trouvera.
- On peut pas juste s'arrêter là, se satisfaire de ce qui est là.
- L'aventure ! Plus loin il y a des histoires, il y a des mythes, des légendes.
- Des mensonges. Ici, il y a ce qu'on voit et ça me suffit.
- Plus loin, il y ailleurs, ce qui nous attend. L'aurore, je ne sais pas, le destin, la gloire, quelque chose de bon.

- Je ne te suivrai pas toujours.


mercredi 16 janvier 2019

Les trous - 22


Il peut s'agir d'un sourire. Les lèvres entrouvertes, un mot qui ne vient pas, un souffle discret, juste de quoi respirer, le chuchotement d'un passage, il peut s'agir d'une faille, de la découverte d'une émotion qui passe, qui repassera par là, entre deux bourrasques, il peut s'agir d'une cicatrice qui s'ouvre et rien ne s'en échappe pourtant, sinon un souvenir violent qui veut s'en aller, se perdre enfin. La cicatrice se refermera, le sourire s'apaise, tout voudrait s'endormir, aller plus loin et s'oublier.


mardi 15 janvier 2019

Les trous - 21


Des trous sont célèbres et perdurent. Rien ne les bouche, temps ni poussière. Gouffres perpétuels. Le trou de la sécu est emblématique d'un couloir creusé dans le roc des acquis sociaux. Bouchons tout ça, comblons et que plus rien ne passe ? Impasse. Ne plus tomber malade alors. Ces trous sont nécessaires, évacuent les maladies, les accidents, le surplus d'entraide. Sans fond ? Ceci jamais perdu.


lundi 14 janvier 2019

Les trous - 20


Elle se faufile, la ronde boule et marque des points, à n'en savoir que faire, rebondit, va, sort et reviendra, se cogne aux parois, cherche des ressorts, amortit les chocs et tombe dans le panneau, rebondit, s'écarte et s'envolerait presque mais la ronde boule d'acier sait qu'elle finit dans  le grand trou du monde perdu, mangée sera la boule en fin de partie, attendant le prochain passager. Ne pas trop secouer.


dimanche 13 janvier 2019

Les trous - 19


"Des trous, toujours des p'tits trous" que les bêtes ont creusé pour passer, pour se loger, pour simplifier leur quotidien, des trous de la fourmi, du rat, des trous du pic-vert, de l'écureuil et les trous du grillon. Faire son trou, le partager ? Trou de lapin, de renard, de golfeur et autres humains voulant se loger et passer et s'enfermer et donc s'amuser, les trous dans le dur parce que dans le mou, le trou ne tient pas, il lui faut la peau dure. Trou du couteau dans la plage, le trou du respirer.


samedi 12 janvier 2019

Les trous - 18


Tentant d'aller dans la caverne y trouver l'ancien en nous, la trace des millénaires et quelque peinture désuète ou nécessaire, tentant d'y chercher l'ours en nous, dormant, cuvant son miel d'imagination. Tentant, sachant qu'il est convenu d'en ressortir intact et dans le temps présent, intact aussi, un peu sali, largement très vieux. Nous pensions trouver l'ancien dans la caverne, nous y trouvons notre jeunesse.