Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

samedi 17 novembre 2018

Les costumes - 37


Le roi est nu. Les sujets se taisent, le roi est roi, reste roi, le nu reste nu. S'en inquiète-t-on ? Le temps le permet, envies et chaleur se superposent, le roi se promène et chacun le voit, voudrait l'imiter. Alors le roi ferai la remarque, pourquoi êtes vous nus ? Sa colère supposée nous fait craindre le fouet, les coups, l'éloignement. Voyons un peu. Sa peau, ses attributs, la démarche de ceci. Savourons, rions derrière le roi et regardons bien le roi nu. Mais... Mais... La reine aussi ? Diantre, que craignions-nous, allons, tous à poil !


jeudi 15 novembre 2018

Les costumes - 36


Le sujet est pointu, mis en avant. Il est proclamé comme une vérité, on ne peut donc pas douter sans être mis au rebus dans l'idée d'un mauvais coucheur ou d'un anarco-anarchiste qui n'entrave que couic à l'avancée des idées et des Hommes (le mot femme est encore en sourdine, certes et le mot homme est mis en majuscule pour signifier "homme et femme", cependant pas encore "femme et homme"). Sujet percutant : doit-on garder le mot mademoiselle, quand, où ? Il est enlevé des actes administratifs. Une femme est une femme. C'était jadis une vraie question que de dire "madame ou mademoiselle ?" qui annonçait le début d'une discussion ou un vent de face. Saluons le progrès, mince et n'évitant que les attouchements verbaux. Enregistrons ce fait à la cause et n'en restons pas là. Non à l'égalité, oui à la parité ! En avant ! C'est clair.




lundi 12 novembre 2018

Les costumes - 35


Hésitons. Le paradis ne vaut que par la comparaison, la laideur montre la beauté, une pièce est par deux faces maintenue. Lever la tête, baisser le regard, ces simulacres protègent, tous les animaux savent fuir après avoir tenté d'impressionner. Immobiles ou partir, hésitons encore, si personne ne nous voit, pourquoi nous cacher ? Si personne ne nous cherche, inquiétons-nous, nous n'intéressons personne. Et puis, rester tranquillement à ne rien faire, en donnant le change par un semblant d'inquiétude peut suffire pour définir une posture heureuse. C'est un temps qu'il faut prendre. Plus tard, nous serons couchés, ou mangés, oubliés ou célébrés. Aujourd'hui, prenons l'ennui pour nous en amuser.


dimanche 11 novembre 2018

Les costumes - 34


J'hésite. Un fer à cheval porte bonheur, c'est un fait. Doit-on le porter sur soi ? Lourd est le fer. Doit-on le porter à son front, lui donner le baiser chaque matin, froid est le fer, froid est le bonheur. Lui compter les trous de clous, sept, il me semble ? C'est poser une exigence sur une obligation. Ne pas y croire, laisser la vie nous transporter ? Misère dieu, non, il me faut ce bonheur. Un collier de trèfle, une couronne de coccinelles, des échelles à éviter et puis, tuons ces chats noirs. Le bonheur est au prix d'un regard bienveillant, d'une main sur une épaule ou d'une eau versée quand on a soif.


samedi 10 novembre 2018

Les costumes - 33


Poupée de cire, de son, ouverte à l'imitation. Bras ouverts m'accueillant, une ressemblance pour faire l'affaire et je dois m'offrir au jeu. Je pose mon âge dans un coin et commence à chantonner bêtement, comptine des comptines. Me reviennent les musiques arrière et me revient l'amusement, me revient la complicité avec un jouet qui me parle en faux, qui me pense en faux, qui en vrai me tient entièrement.

vendredi 9 novembre 2018

Les costumes - 32


Nous sommes en prison, d'une certaine manière, tous en prison. Prononcer cette phrase est séduisant, peut-être romantique et ce mot n'a plus de sens ainsi vendu. Ajoutons que des grilles ont invisibles, que nous sommes les propres gardiens de notre geôle et le crime est parfait. Il existe des prisons différentes, certes, qu'il faut mesurer, certes encore. Mais goûtons la vraie prison aux vrais murs et nous nous méfierons de notre phrase. Qu'il faille faire tomber les murs des prisons, oui et les remplacer sans évacuer les problèmes ni les déplacer, oui encore. Une phrase ne suffit pas. Au moins, qu'elle aille dans le bon sens.


mercredi 7 novembre 2018

Les costumes - 31


Quand je bois, c'est à lampées mesurées, merveilleuses. Je sais le parcours, ça va de la tête à la queue, je suis ainsi fait. L'affaire est entendue depuis que l'humain est humain et le fonctionnement est établi. Le plaisir est autre chose, il doit s'inventer, se chercher, il doit être présent et disponible à cette goutte offerte et nécessaire. La bouche prend, c'est le parti le plus simple et nécessaire pourtant. La langue fait le travail de recherche. Elle convoque les éléments appris, ceux désirés, ceux à éviter, ceux inconnus qui prolongent l'apprentissage. La langue agit. Derrière, un drone guette qui nomme et dit les éléments, l'année de naissance, la provenance, les matières indues ou fidèles. Le nez n'est pas oublié qui a travaillé d'abord mais on ne l'évoque que peu, le nez a pâle figure. Il a pourtant ouvert la porte. Ensuite ? J'avale et j'en reprends à foison, je veux me remplir, que toujours ça coule en moi et que ça m'évoque des histoires et des tableaux de nos promenades. Mes oreilles sifflent. Mes mains demandent. Oui, je bois.