Mon écriture a deux petites têtes, la première usine des mots, la deuxième emboutit des images et des textes ; dans la première tête se fabrique un rejeton du cinématographe et de la musique : des temps et un montage dans lesquels une histoire joue des coudes avec les thèmes humains ; la deuxième tête est fainéante et vous demande de faire le travail pour une rencontre, un spectacle, c'est la tête voyeuse et voleuse (la première est la tête chercheuse). Quand il leur faut écrire sur un artiste ou pour un artiste, les deux têtes se causent, parlementent puis postillonnent une petite histoire qui tente de rester en dehors de l'illustration. Et de séduire. De compléter le travail. Il fait souvent froid, les deux têtes se protègent sous le même bonnet. Si mon écriture avait d'autres têtes dont des méchantes, elle pourrait garder une caverne, un souvenir, une toison.

mardi 27 juillet 2010

Texte pour Thierry Gruas



Juin 2008

Des mouches

Quoi, nous serions devenus des mouches ? Un sujet prenant autant de facettes, voici le doute insinué soudain. Affamés nous voulions des héros, les voici, résolument marqués du sceau de l’intouchable. L’un court, l’autre tue, celui-ci est satisfait et nous les connaissons bien et leurs mouvements, nous nous groupons, ils sont le miel et nous les mouches en faisons notre principale nourriture. Mais que voyons-nous ? Putain, fis-je avec un filet de voix, une fille nue, offerte. Mais elle fut peinte par Goya en 1814, déjà vue, elle entre dans un livre, passons. Tiens, une demeure du crime, regardons. Toile, réseau, notre conscience planétaire, du moins celle qui consomme de l’électricité. Soyons étourdis, offrons-nous le kaléidoscope soudain, la vie en de multiples endroits, le rêve enfin touché de l’ubiquité. Et servons-nous, mangeons. En naîtront des monstres, au mieux des chimères, au pire le semblant de cette fille nue déjà citée, aussitôt déformée. Et la conscience, ah la belle affaire, qui de nous mouches ferait l’équivalent du cygne au canard : des abeilles. Alors nos yeux, des paillettes ? Des bâtonnets et des cônes ? Et déjà nos ailes auraient été arrachées, trop tôt, pas d’évasion désormais. Puis nos pattes, une à une, je n’y reviendrai pas. Soit, des images devant cette géographie du regard, une alimentation saine et provisoire mais mouche chassée ne va jamais droit, mouche aveugle arrive au plus odorant.
L’incertitude intervient quand nous voici contents, fatale humilité. L’innocent intervient aussi et parle : “Ce qui te touche ne devient pas de l‘or ; ce que tu saisis, on en ferait toute une histoire.”
Pour la beauté des gestes, voici au dessous de la mouche un  papillon qui sait ce qu’il veut, le bougre, il fait la feuille et forme ses grand yeux, cônes et bâtonnets, il se planque, l’oiseau arrive. Regarder ailleurs et se montrer menaçant. Pour qui ? Encore une fille qui regarde, encore passons et quel oiseau y retrouverait ses œufs ? Résumons ici : la mouche, le papillon, l’oiseau, le soldat. Que vient faire ce triste animal, qui en parle ? Toi imbécile, présentement. Et que fait-il ? De l’histoire. Pour moi ? Oui, pour tes cônes, tes bâtonnets, il te sert la soupe. Je n’en demandais pas tant. Il est ici pourtant et tiens, celle-ci aussi. Mais elle n’est pas nue ! Hélas non, qu’en ferais-tu ? Quoi d’autre ? Des artifices, des spéculations, des ennuis, les choses remarquée, le quotidien. Bouche offerte, mouche au plafond je saute, je me bouleverse. Et dans ce brouillard contemporain on n’y voit goutte, tout est encore à dessiner, tout peut se concevoir encore et se raconter. Il est dit qu’il s’est retourné en revenant de chez les morts, nous mouches savons ce qu’il a vu. Mais ne le prononçons pas.

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