Mon écriture a trois petites têtes, la première prétend faire des histoires, le deuxième prend des images et les complète de mots, la troisième se juxtapose à des artistes. Les trois têtes n'ont pas de dents et portent un bonnet de laine en cette période.

vendredi 16 octobre 2015

Texte pour Violetta Compain




Octobre 2015

L'objet de l'ombre

Il y a ce que j'ai dit et entrevu, je trouverai ce qui n'y est pas, plus tard. C'est dedans, c'est entre ça et moi, ça se révèle un peu, ça s'enfonce aussi. Ça ne traverse pas, ça ne rebondit pas. Ça m'approche, ça fait que je m'approche.

Pour sentir le vent pour sentir la vitesse, j'ai baissé la vitre, j'ai tendu la main au bout de ce bras qui me prolonge et j'ai attendu l'espace et je l'ai pris ; le voici offert, le voici, inattendu. Le voici capté. L'espace et le froid de ce mouvement et le risque aussi, la main n'est plus protégée, elle prospecte. Elle tient l'espace, veut le reconstituer, veut le représenter, veut ensuite l'offrir. La main prend, la main offre, c'est vieux comme la pomme de l'arbre de la connaissance. Et nous nous devons d'avoir faim. Que veux-tu ? Retrouver ? Revenir ? Ah, garder ceci en vie, modèle d'éternité ? La représentation, image des falsifications, des imaginaires, image des mensonges, des replis, image des désirs, des indispensables mouvements, image de soi, ici, dans ce portrait, ici dans ce bâtiment, ici dans cette rue qui m'avait emporté. Image de ce qui restera de moi et de ton regard sur moi. La main qui avait travaillé s'ouvrira et laissera s'échapper les fruits grappillés, les images usurpées, les écritures nécessaires, les visages caressés, ton jeune temps, sa peau d'un sentiment, une immortelle pensée, une façon de voir pour une volonté de comprendre. C'est confus, ça s'offre et ça résiste aussi, ça veut rester dans la paume, ça ne se laisse pas regarder par jeu, ça brouille les pistes et ça distribue les cartes, ça égrène le vocabulaire des instruments du dessin, ça montre et ça agit encore. Comme il n'est jamais dit, un cadeau, ça se mérite ; une main tendue pour cet artifice de présentation mérite de l'attention comme un acteur mérite le silence avant qu'il parle. Oui, la patience, oui, y regarder à deux fois, oui, la prudence, oui, savoir ce qu'on veut voir et qui ainsi nous appartiendra.


Il y a nécessairement de la disparition dans la révélation, une lumière non comprise, un objectif non prononcé, ceci fabrique une projection. C'est la caverne de Platon retournée comme un boyau, ce qui est bon doit se trouver du côté propre du boyau, l'image s'inverse, le cadre se tend, les ombres pourront jouer, voici l'objet, voici ce que je voulais te montrer. C'est à toi désormais.

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