Texte n°3 pour la revue Brasiko Folio - novembre 2015
Recherche perdue
Oui. Je
procède par boucles. Plus exactement par ellipses et je m'éloigne de moi
rapidement, à chaque tour pouvant voir d'où je suis parti. Ce mouvement est
enivrant. Je suis dans un manège aux allures infinies, ce qui impliquerait que
l'arrêt est aussi rapide que la course. Pas facile à dessiner, donc. Il s'agit
de recherche, pas d'un concours. Je tourne et je dois tout voir, devant,
derrière, je dois pivoter en tournant, me donnant un air de Lune. Non, pas de
Lune, je ne veux pas de face cachée, je suis sûr que ce que je cherche s'y
tiendrait, on ne se cache pas devant un arbre. Et on cherche derrière l'arbre.
- Mais dis
donc, P'tit Poucet, que fais-tu là ?
- Salut
l'oiseau. Plus de petits cailloux blancs, j'utilise mon quignon de pain.
- Tu veux
encore renter chez toi ? Ils t'ont abandonné déjà, laisse aller, P'tit gars,
Cosette ne revient pas chez Thénardier.
- Il n'y a
aucun endroit comme chez-soi. Et je connais ma maison, le monde m'intéresse
pas. Et je parle pas aux oiseaux que je connais pas.
- Cause
toujours, P'tit con.
Et Poucet va tout fier,
assuré de ne pas se perdre. On connaît l'histoire mais la relire est prudent.
Tape "Petit Poucet" sur ton clavier, aie confiance. Ou ceci, comme
moi :
classa.lavandas.free.fr/Classe/Contes/Poucet/Texte poucet.html
Rappelons-nous
cette histoire. Avant tout, quand on crève de faim, on ne gâche pas la
nourriture. On se perd mais on mange. Gaspiller la cause même de la déchéance,
quel conseil aux enfants de la République ! Et le quignon devait être sacrément
long. Il n'est pas fait mention du pain des frères et jamais de solidarité.
Malin P'tit Poucet trouve une maison, celle de l'ogre, merde. Il entre et fait
entrer ses complices. Au loup, choisissons l'homme méchant. La femme de l'ogre
les aide, mal lui en prendra. Poucet assassine 7 petites ogresses innocentes,
via la main et le couteau de l'ogre abusé. Ayant mangé, Ils auraient pu partir
pendant son sommeil, non ? Les loups, un alibi. Innocentes, j'insiste, il n'y
eut pas de procès et on ne traite pas ainsi son ennemi, quel qu'il soit.
Combattre et tuer l'ogre ? Vaillant P'tit Poucet n'y a pas pensé.
Quant au
vol des bottes de 7 lieues (encore 7), justifié par le fait que l'ogre s'en
sert pour chasser la chair fraîche, la belle affaire : voici Poucet devenu
mercenaire qui les utilise pour participer à des guerres du roi, pour aussi
faire le facteur des Postes à tarif très rapide (y croit-on ?). Poucet
assassin, voleur, guerrier et profiteur rentre chez ses parents pour partager
le bonheur spéculatif. Non, relisons, "Il revint chez son père" alors
que celui-ci les avait par deux fois abandonnés, aux dépens de la mère. La mère
? Oust ! Trop d'émotions, trop de vérités dites, c'est écrit.
Entre-temps,
les frangins ont retrouvé facilement le chemin de leur maison, qu'on me
l'explique !
Histoire
édifiante et machiste avec en final une morale louant le piosou, bravo. Quant
au fait que le plus grand s'appelle Pierrot, j'enrage. Les autres servent à
arriver au nombre 7 et contribuent au surpeuplement, pratique en temps de
famine. Mais ils sont désormais riches. Et les miséreux voisins aussi ? Non.
Voici établis ou à la Cour le père et les marmots. "Pour son père et pour
ses frères", bernique pour la mère et le populo.
Mais
revenons à moi dans ma course à ma recherche. Si le terrain est glissant, je
fais le grand écart, certainement je tombe mal et je ne vois rien sinon la
sirène des pompiers qui me dira que monsieur ce n'est pas prudent à votre âge
de faire des acrobaties, on va vous sortir de là. Si le sol est ferme, je suis
stable et je continue. Plus tard, on me saura pieds joints devant la
trouvaille, en position de lui demander quelque chose qu'elle sait et que je
n'ai pas envie de comprendre.
Je finirai
par trouver la sérendipité. C'est une question de méthode.
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